Marâtre, quel rôle occupe-t-elle dans les familles d’aujourd’hui ?

Dans la législation française, le mot « marâtre » ne figure dans aucun code, alors que son équivalent masculin, « beau-père », s’impose dans la vie quotidienne. Les décisions de justice concernant l’autorité parentale excluent régulièrement la conjointe du père, même lorsqu’elle participe activement à l’éducation de l’enfant. Pourtant, la fréquence des familles recomposées ne cesse d’augmenter et, avec elle, la complexité des liens entre enfants et nouveaux conjoints. Si la représentation sociale reste marquée par la méfiance, la réalité s’avère bien plus nuancée.

Marâtre : origine du terme et évolution d’une figure controversée

Le terme marâtre plonge ses racines au Moyen Âge, immédiatement teinté de soupçon : il désigne la « mauvaise mère », celle qui n’appartient pas à la lignée. Dès les premières lignes des grands récits, sa consonance heurte, et la littérature s’en empare pour façonner un archétype. Dans les contes de fées, la marâtre s’impose en figure d’autorité menaçante, souvent cruelle, toujours étrangère à l’ordre familial. On ne peut passer à côté de Cendrillon ou de Blanche-Neige : ici, la marâtre règne sans partage, rivale de la mère de sang. Perrault et les frères Grimm n’ont pas forgé ce mythe seuls, mais ils l’ont solidement ancré dans la mémoire collective.

Durant l’Ancien Régime en Europe, la marâtre cristallise les peurs liées à la succession et à la transmission. On l’accuse de vouloir brouiller la place des enfants, de semer la discorde, de menacer la continuité familiale. La psychanalyse, Freud, Bettelheim et tant d’autres, s’est saisie de ce motif pour explorer les angoisses enfantines : peur d’être écarté, crainte de perdre l’amour d’un parent. Les clichés persistent, s’incrustent, résistent au temps.

Mais les époques changent. Aujourd’hui, la marâtre n’est plus seulement la méchante des histoires d’antan. Portée par les bouleversements familiaux, elle évolue. L’image s’étire, se transforme, loin des représentations figées. Elle devient un personnage à part entière, participant aux mutations du foyer, s’ajustant aux nouvelles réalités.

Quels rôles pour la marâtre dans la famille d’aujourd’hui ?

Les formes familiales se sont diversifiées. La famille recomposée s’impose désormais dans le paysage, à la faveur des séparations et des nouveaux couples, comme le confirme l’INSEE. La belle-mère, longtemps reléguée à l’arrière-plan, assume aujourd’hui des responsabilités concrètes, parfois invisibles à l’extérieur. Elle combine soutien au quotidien, rôle éducatif, parfois médiatrice discrète. La marâtre d’aujourd’hui navigue dans des relations complexes, toujours en mouvement.

Dans ces configurations qualifiées de « familles élargies », des équilibres inédits émergent. La relation entre la belle-mère et les enfants du premier lit s’établit avec lenteur, entre prudence et désir d’avancer. Gérard Neyrand, sociologue, insiste sur l’importance d’une autorité parentale partagée : la cohabitation ne vise pas à effacer le parent biologique, mais à inventer une manière de vivre ensemble, souple, évolutive.

Pour mieux cerner le quotidien de la marâtre, il faut nommer les sphères dans lesquelles elle intervient, souvent à l’abri des regards :

  • Accompagnement scolaire, soutien lors des devoirs ou des activités de la vie courante
  • Organisation de la vie commune entre enfants issus de différentes unions
  • Gestion des tensions, rôle de médiatrice lors de conflits entre enfants et adultes

Irène Théry, spécialiste du droit familial, observe cette réalité mouvante : le rôle de la marâtre reste difficile à définir, pris entre reconnaissance partielle et absence de statut légal véritable. Le droit de la famille progresse lentement : la belle-mère n’a pas toujours de place officielle, ni pleinement parent, ni simple partenaire du père. Dans le quotidien, elle compose, ajuste, parfois dans la discrétion, parfois sous l’œil critique de l’entourage. Le décalage entre le stéréotype et ce qui se joue réellement ne cesse de s’élargir.

femme famille

Changer de regard : dépasser les clichés pour mieux comprendre la place de la marâtre

La marâtre porte avec elle un imaginaire lourd. Les contes de fées européens continuent de nourrir la défiance : la belle-mère reste associée à l’idée de division, d’étrangeté, d’antagonisme. Le quotidien des familles recomposées, pourtant, raconte toute autre chose.

La dynamique entre la mère biologique et la marâtre constitue un terrain sensible. Les enfants, pris dans la recomposition familiale, avancent entre fidélité, envie de plaire ou crainte de heurter. Cette loyauté enfantine façonne les relations : il arrive que la distance s’installe, mais parfois la curiosité prime, ou un équilibre fragile se construit. Avec le temps, les oppositions s’atténuent, permettant à des formes de solidarité ou de complicité de se développer, loin de la caricature de la rivalité permanente.

Deux aspects se détachent nettement et méritent d’être détaillés :

  • Les questions de patrimoine et d’héritage sont souvent sources de tensions, en particulier lorsqu’il existe plusieurs branches familiales.
  • La confiance au sein du foyer repose sur l’acceptation de la pluralité des rôles et des liens, sans tenter d’imposer un modèle unique.

Peu à peu, la marâtre s’éloigne de sa caricature. Elle prend racine dans la réalité des familles, participe à l’équilibre du quotidien, parfois discrète, parfois pleinement engagée. Les mentalités évoluent, mais le travail de déconstruction des vieux récits reste entier. Face aux défis de la famille recomposée, la marâtre avance, ni héroïne, ni antagoniste, mais témoin vivant de la complexité de nos liens.